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Tools of Change Bologne 2011
Par Karen Boersma, Kids Can Press
En général, le livre pour enfants ne compte pas parmi les sujets prioritaires des conférences sur l’édition numérique. C’est pourquoi je me demandais en arrivant à la conférence Tools of Change (TOC) de Bologne si l’événement allait me renseigner plus précisément sur mon secteur d’activité que ne le font les autres conférences du genre.
Je suis ravie de confirmer que la conférence TOC de Bologne, à laquelle ont participé 270 personnes de 27 pays, a été des plus enrichissantes : un aperçu de la situation du marché mondial des contenus numériques pour enfants, ainsi que certains défis et possibilités qui se présentent aux éditeurs s’engageant sur cette voie y ont été présentés.
La question est de savoir ce que les éditeurs doivent faire. Un bon nombre des conférenciers ont insisté sur le fait qu’un éditeur doit déterminer des objectifs clairs avant de se lancer sur le marché du numérique. Que l’on cherche à accroître son chiffre d’affaires, à mieux faire connaître sa marque ou à créer une meilleure plate-forme de commercialisation des livres papier, le plus important est de définir le projet d’entreprise puis de s’y tenir. Tous les conférenciers se sont entendus sur ce point. Et comme il est aussi difficile que coûteux de se tenir à l’avant-garde de la technologie, s’inspirer des expériences des autres peut être une sage décision.
eBooks ou application ?
L’un des principaux sujets abordés est de savoir si les éditeurs doivent se concentrer sur les livres numériques ou sur des applications. Pour un bon nombre des experts qui se sont exprimés sur la question, tout dépend des titres et des objectifs visés. Un éditeur qui souhaite distribuer des livres numériques comme il distribue ses imprimés aura intérêt à se concentrer sur le livre numérique puisque les canaux de distribution sont multiples (Amazon, OverDrive, Follett, Kobo, iBookstore, pour ne nommer que ceux-là). En ce qui concerne les ouvrages de fiction, le livre numérique est l’option à retenir en toute logique.
Par contre, pour les éditeurs d’ouvrages illustrés, la question n’est pas aussi simple. Les applications offrent plus de possibilités de perfectionnement et d’interactivité, mais elles se vendent habituellement moins de 5 $ tandis que la facture de développement peut être salée. À cela s’ajoute la question de la transférabilité – une application iOS (système d’exploitation mobile d’Apple) ne sera pas nécessairement transférable sur un appareil Android ou sur un appareil tournant sur un autre système d’exploitation. Étant donné qu’il faut constamment mettre à jour les applications pour suivre l’évolution des systèmes d’exploitation, de perpétuels investissements sont à prévoir. Comme l’a si bien dit l’un des conférenciers : « Si le livre est un produit, l’application reste un service… »
Les éditeurs auront probablement intérêt à rechercher des partenariats avec des sociétés ayant plus d’expérience et de ressources au chapitre de la création d’applications. Ils devront aussi rester à l’affût des possibilités offertes par le format HTML5 (la dernière version de la norme HTML), qui permettra le transfert vers différentes applications par navigateur.
Pour les éditeurs qui retiendront le modèle économique des applications, la repérabilité représentera l’un des plus gros défis. Dans le monde du livre papier, le principal moyen de trouver un ouvrage consiste à aller en librairie, mais comment reproduire cette expérience dans le monde virtuel ? À elle seule, la boutique App Store d’Apple propose plus de 30 000 applications pour enfants ; ce n’est donc pas une mince tâche pour un éditeur de mettre la sienne en valeur. Une partie de la solution semble résider dans les réseaux sociaux, qui révolutionnent l’approche de la plupart des éditeurs.
Exemples européens
L’un des principaux intérêts de cette conférence a été d’entendre des éditeurs provenant de l’extérieur de l’Amérique du Nord. Piccolo Picture Books, une société de la Unieboek/Het Spectrum de Hollande, crée des livres d’images vendus en Europe dans la boutique App Store. Publiés en cinq langues (anglais, allemand, français, espagnol et néerlandais), tous ces livres contiennent des éléments interactifs et audio. La société Piccolo a profité dès le départ d’un avantage de taille puisque Unieboek est une grande maison d’édition proposant une gamme diversifiée de produits dont des guides de voyage et des livres pour enfants. Piccolo a ainsi pu compter sur les développeurs pour obtenir une entente de mise au point avantageuse. L’éditeur n’a pas eu énormément de succès avant l’arrivée du iPad et du iPhone sur le marché, mais ces appareils gagnent maintenant en popularité sur le marché européen et ils favorisent les ventes de Piccolo. Une autre initiative européenne digne de mention est celle de Gyldendal, le plus grand conglomérat d’édition du Danemark. Son programme numérique, sur le marché depuis un an, est issu de la division audio du groupe. La société a d’abord publié des dictionnaires pour ensuite passer aux livres d’images classiques dotés d’éléments audio et interactifs.
Un sujet est revenu dans différentes discussions au cours de la conférence, en l’occurrence l’importance de traiter les auteurs et les illustrateurs comme des partenaires dans la création des produits numériques. Parmi les conférenciers, nombreux sont ceux pour qui la bonne pratique à cet égard consiste à solliciter la participation du créateur dès le début du processus de numérisation, depuis la négociation du contrat jusqu’à la mise au point du livre numérique ou de l’application.
Somme toute, grâce à l’importance accordée aux livres et applications pour enfants, aux différents modèles de réussite donnés en exemple et aux discussions sur la nécessité de trouver de nouvelles stratégies de commercialisation, la conférence Tools of Change de Bologne a été une expérience enrichissante pour les éditeurs, développeurs et créateurs participants. Je m’attends à voir s’opérer dans les douze mois à venir des changements au chapitre de l’édition numérique qui feront de la prochaine conférence de Bologne un événement tout aussi captivant que celui-ci.
Nicolas Levesque | 05/12/2011 | Numérique, Événements
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